Le courage au féminin

Première partie

 

Dialogues sous forme de discussion.

 

Sandrine B : Qu'est-ce que le courage ?

Fabienne : C'est une vertu qui permet d'entreprendre des choses difficiles en surmontant la peur, et en affrontant le danger, la souffrance, la fatigue.

Michèle :  Son contraire est la lâcheté.

Régine : Le courage authentique requiert l'existence de la peur, ainsi que le surpassement de celle-ci dans l'action.

Eric : Lorsque le danger est confronté sans peur, on parle d'inconscience, notamment lorsque le danger est manifestement sous-estimé.

Françoise : Mourir pour une cause qui n'en vaut pas la peine est « une mort de chien ». « Se précipiter au cœur d'une bataille et tomber aux champs d'honneur est assez facile et n'excède pas les moyens du plus simple des rustres. Mais le vrai courage est de vivre quand il faut vivre, et de mourir seulement quand il faut mourir ».

Colette :  On pourrait s'imaginer qu'au moment de faire l'expérience du courage on entendrait l'ouverture de la cinquième symphonie de Beethoven ou bien on verrait une immense explosion dans le ciel, mais il n'en est rien. C'est en travaillant la vulnérabilité du cœur humain qu'on découvre le courage. 

Chantal :  Le courage c’est assumer une responsabilité, sublimer une habitude, optimiser sa vie.

Fabienne : le courage d’être soi, envers et contre tous

Joëlle : Je trouve courageux de rester bienveillante envers soi-même et envers les autres.

Sandrine B. : Et le courage au féminin ?

 

Chantal :
Se surprendre - Résister

Chantal, Françoise :
Indépendance

Françoise :
Accueil - Respect

Françoise, Joëlle :
Liberté

Françoise :
Égalité

Françoise, Fabienne :
Sororité

Fabienne :
Engagement - Allez

Fabienne, Chantal :
Fonce !

Colette, Sandrine B, Régine, Eric, Joëlle :
Courage - Féminin

Colette :
Constance

Colette, Régine, Michelle :
Enthousiasme

Eric :
Sentiment - Partage

Eric, Fabienne, Sandrine B :
Sein - Corps - Désir

Michelle :
Confiance en soi - Altruisme

Michelle, Françoise :
Dévouement

Colette, Sandrine, B, Régine, Eric, Joëlle :
Courage - Féminin

 

Chantal :
Je vois une femme armée jusqu’au cou, prête à combattre.
Elle se donne les moyens pour gagner un hypothétique combat ; armure, lance, épée, bouclier, jambières, casque.
Je vois de l’allure, de l'allant, de la détermination et une volonté tenace de réussir.

Athéna,
Quelle allure, quelle attitude altière et fier tu as !
Tu assumes une indépendance totale, comme moi.
Choisir la lutte pour réussir sa vie. Se révéler et se surprendre à y arriver.
J’aime ton mélange de douceur, de féminité, malgré ton total look guerrier.
Ton regard est rempli d’espoir, d’optimisme.
Être humain / Femme qui combattra s'il le faut pour sa liberté.
Une vie, sa vie, à défendre.
On a envie de te suivre.
Tu ressembles à un chef courageux sincère, déterminé avec un charme fou.
Sus à tous ceux qui seront sur ta route, tant pis.
Si la vie est un combat. J’aurais ton courage et m'armerai aussi...

 

Fabienne :
Je vois des centaines d’hommes. Je vois une arène. Je vois une femme cerner.
Je vois la noirceur des mots sur des centaines de feuilles. Je vois une femme qui parle.
Je vois un regard déterminé. Je vois un micro / comme une arme.

 

Fabienne, Régine, Joëlle :
Simone, ma sœur,
Merci,
Merci pour ton courage,
Merci pour ta détermination et ton engagement.
Tu es un exemple pour nous toutes.
Ton micro comme un étendard,
Nous te suivrons.
Marchons, marchons !

 

Eric :
T’es-tu dit Olympe Que tes prises de parole, de position, ton courage ta rage et ta colère Ta volonté de changement ton combat pour l’autre au féminin Allaient sceller à jamais ton propre destin ?

 

Françoise :
Puissance - Don - Dignité

 

Michelle, Joëlle, Chantal :
Volonté - Opposition - Éloquence

 

Eric :
T’es-tu dit Olympe
En déclarant, haut et fort, montant à l’échafaud :
« La femme naît libre et demeure égale à l’homme en droits »
Que ton nom, résonnerait dans les futures demeures des hommes ?

 

Fabienne + Colette+ Régine :
Courage au féminin - Liberté égalité sororité

 

Eric :
T’es-tu dit Olympe
Qu’en traçant les premiers sillons de la révolution féminine
Ton nom, De Gouges, serait brandi tel un étendard d’espoir planant au féminin
Au-dessus des demains du Monde ?

T’es-tu seulement dit que ton nom, Olympe de Gouges, serait calmement et simplement dit Au jour naissant d’un atelier d’écriture libre, Longipontain ?

 

Colette, Chantal, Françoise :
Le courage au féminin, c’est le courage d’être soi, le courage de ne pas accepter l’inacceptable. C’est le courage de combattre.

 

Colette, Sandrine B :
Je vois une femme qui scrute
Je vois un regard triste
Je vois une femme de parole
Je vois une bouche entrouverte
Je vois un dialogue muet avec un auditeur
Je vois des yeux qui affirment, qui expliquent.
Je vois un regard qui interroge
Je vois la désolation du monde
Je vois une femme à la sobre attitude - calme et digne
Je vois l’impuissance au son des boucles d’oreilles qui cliquettent
Je vois un visage qui porte un combat intérieur
Je vois une tête qui essaye de rester hors de l’eau
Je vois un geste pour affiner son propre regard.
Je vois une digue qui essaye de contenir un tsunami.
Je vois un regard qui écoute.
Je vois la peur collée aux cheveux et la douceur attachée aux lèvres.

 

Colette :
Anna Politkovskaïa, pleine d’admiration pour ton combat ; voici l'occasion qui m’est donnée de dire et redire avec quel courage opiniâtre tu as voulu faire respecter les droits humains dans ton pays.
Violente, oui, dans cette engagement sans faille.
S'opposer constamment aux forces machistes et injustes qui régnaient autour de toi. Fragile parce que femme ! Forte aussi, persévérante et humble malgré les menaces sur ta famille, ton travail, ta vie. Et ce fut le prix à payer.
Qui s’en souvient ? Est-ce que ton nom éveille la mémoire d'un passant de cette placette de Saint-Brieuc qu'un maire a voulu te dédier... Je ne sais.

 

Régine, Joëlle, Chantal; Eric :
(R)Je vois de la force, (J)de la détermination.
(E)Je vois une femme à la chevelure flamboyante.
(C)Je vois son visage. Un œil fermé, (R+J) l’autre noir, (C) ouvert qui me regarde.
(R) Et je vois le canon du pistolet qui me fixe comme cet œil ouvert.
(E) Je vois deux mains fermées.
(C)Je vois du rouge (R) et du noir.
(J) Je vois une force de vie. Je vois de la colère. (E) Je vois du silence suivi d’une déflagration.
(C) Je vois de la liberté.
(R) Je vois une voix qui crie.
(J) Je vois un visage déterminé. (E) Et bien sûr je vois le courage.
(C) Je vois une musique lancinante, (R) insistante.
(E) Je vois (C+J+R) Niki. (E) Je vois et je l’entends.

 

Sandrine B. - Lettre de Nikki de Saint Phalle à sa mère :

Ma mère,
Quand je suis née le 29 octobre 1930 à Paris, le cordon ombilical était enroulé deux fois autour de mon cou. Vous m'avez raconté que le docteur me sauva la vie en glissant sa main entre le cordon et mon cou. Sinon je serais née-étranglée.
Dès le début, le danger fut présent. J'apprendrais à aimer le danger, le risque, l'action. Toute ma vie je serais torturée par l'asthme et les problèmes respiratoires.
Mon signe astrologique est scorpion ascendant scorpion. Tout un programme, pour surmonter les obstacles - pour aimer les obstacles.
Vous m'avez dit encore qu'à ma naissance vous avez perdu tout votre argent dans le krach boursier. Et pendant que vous m'attendiez, vous avez découvert la première infidélité de mon père. Je n'apportais que des ennuis.
J'avais trois mois quand nous fûmes séparées. Vous êtes partie à New York et m'avez envoyée chez mes grands parents dans la Nièvre. Là j'ai passé mes trois premières années. Ma mère, ma mère, où êtes-vous? Pourquoi m'avez-vous quittée ?
Allez-vous jamais revenir ?
Tout est de ma faute.
Chaque femme devint TOI, Maman, Maman.
Je n'ai pas besoin de vous. Je me débrouillerai sans toi.
Votre mauvaise opinion de moi, ma mère, me fut extrêmement douloureuse et utile.
J'appris à ne compter que sur moi. L'opinion des autres ne m'importait pas. Cela me donna une immense liberté. La liberté d'être moi-même.
Je rejetterais votre système de valeurs et inventerais le mien. Très tôt je décidai de devenir une héroïne. Qui serais-je? George Sand? Jeanne d'Arc? Napoléon en jupons ?
A quinze ans je gagnai un prix de poésie. Peut-être que j'écrirais ?
Quoi que je fasse dans l'avenir, je voulais que ce soit difficile, excitant, grandiose.
Je ne vous ressemblerais pas, ma mère. Vous aviez accepté ce qui vous avait été transmis par vos parents: la religion, les rôles masculin et féminin, vos idées sur la société et la sécurité.
Je passerais ma vie à questionner. Je tomberais amoureuse du point d'interrogation.
?
Pour VOUS j'ai conquis le monde. Vous étiez celle qu'il me fallait. Je suis une combattante. Qu'aurais-je fait d'une mère me noyant d'amour ?
Quand j'avais vingt-cinq ans et vivais avec Harry Mathews, vous me rendiez parfois visite dans mon atelier. De vos mains vous cachiez vos yeux pour ne surtout pas voir mes horribles peintures.
Dieu que c'était stimulant !
Vous détestiez Harry. Un jour vous l'avez vu passer l'aspirateur dans l'appartement, vous avez pensé qu'il me volait mon rôle de femme. Vous ne pouviez pas comprendre.
Vous étiez très belle, ma mère. Votre beauté et votre charme (quand vous vouliez bien vous en servir) étaient magiques.
Vous auriez pu être une grande actrice, ma mère. Comme vous étiez théâtrale !
Rappelez-vous la première fois que je vous ai présentée à Jean Tinguely. Nous nous sommes retrouvés à la Coupole pour déjeuner. Vous avez fermé vos yeux magnifiques et dit d'un air tragique: "Je ne peux pas manger avec l'amoureux de ma fille... Pourquoi ne peux-tu pas rester avec ton mari et avoir un amoureux en secret, comme tout le monde ?"
Jean était hautement amusé par vous mais moi je quittai la table, en fureur.
A partir de ce moment, à chaque fois que vous avez vu Jean, il flirtait avec vous et vous adoriez cela.
Vous n'avez jamais été la grande Sainte que vous prétendiez être. Je me souviens très bien de plusieurs de vos amoureux lorsque j'étais adolescente. Il y en avait un, roux, journaliste séduisant, que je haïssais de tout mon coeur.
Pour vous, tout devait rester caché.
Moi je montrerais. Je montrerais tout. Mon coeur, mes émotions. Vert - rouge - jaune - bleu -violet. Haine - amour - rire - peur - tendresse.
J'aimerais que vous soyez encore là, ma mère. J'aimerais vous prendre par la main et vous montrer le Jardin des Tarots. Vous pourriez bien ne plus avoir une si mauvaise opinion de moi aujourd'hui. Qui sait ?
Ma mère, merci. Quelle vie ennuyeuse j'aurais eue sans vous. Vous me manquez.

Niki de Saint Phalle

 

Michelle :
Je vois de l’or.
Je vois une femme éblouissante.
Je vois une chevelure noire, comme une sombre auréole.
Je vois un large collier enserrant un cou.
Je vois un sein dénudé.
Je vois une main posée sur un crâne, les doigts dans les cheveux.
Je vois une tête d’homme aux yeux fermés, grisâtre, au bord de l’effacement.
Je vois le regard de la femme : fatigué, douloureux, mais fier.
Je vois ce regard qui dit : je l’ai fait, j’assume.

 

Françoise et Michelle :
Ni peur, ni appréhension. Nous étions perdus, affamés, assoiffés, désespérés. Cet Holopherne allait nous anéantir.
Moi, Judith, j’étais tellement décidée.J’ai prié, prié... et la force m’est venue. Il fallait en finir avec ce tyran, mais quel courage il m’a fallu. Je me suis parée de tous mes bijoux, vêtue de ma plus belle robe. En moi se mêlait la peur et l’enthousiasme.
Entrer dans son camp, le rencontrer, Je suis belle, il est puissant, mais je sais les défauts de la cuirasse d’un homme aussi puissant soit-il, le charmer, le subjuguer et enfin… l'assassiner. J’allais peut-être au sacrifice, mais j'allais sauver ma ville.
Pas habituel pour moi de tenir un sabre; et quelle force il faut pour le rendre efficace. Ces cris, son sang, sa bouche criant l’effroi et la douleur, ses yeux si fixes : image de la mort. Le souvenir de cette scène me hante, mais quelle fierté d’avoir réussi.
Moi, Judith, femme, venue à bout d'Holopherne, l'homme, le guerrier qui assiégeait ma ville.
Je l’ai fait. J’assume !

 

Joëlle - Lettre de Frida Kahlo :
Sentir dans ma propre douleur
la douleur de tous ceux qui
souffrent et puiser mon courage
dans la nécessité de
vivre pour me battre
pour eux.

 

Régine - Frida Kahlo :
Ton corps t’aura emprisonné toute ta vie.
Naître dans un corps de femme était déjà un souci dans le pays dans lequel tu es née. La toute-puissance patriarcale hispanique te rangeait dans le camp des matrices [des M.O.I. = Matrice Offense Incomprise]
Productrice de chair humaine, de chair à canon aussi, comme chair à consommation aujourd’hui ici.
Un temple de la fécondité où Gabriel avait pointé du doigt ta possible fertilité.
Un creuset, un chaudron à manipuler avec précaution, à protéger de tous les poisons, à laisser immaculé nettoyer de toutes tes passions.

 

Colette, Fabienne, Chantal :
Litanie de femme-courage, de tous âges, de tous milieux, de tous pays... On voudrait toutes les nommer.

 

[1ère Pause musicale : Roulotte de Francine Aubin]

 

 

Le courage au féminin : Deuxième partie

 

Restitution de l'atelier d'écriture : "Le Courage au féminin".

 

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