Cela faisait déjà bien une heure qu'elles piétinaient dans le musée d'Orsay, quand, soudainement la Petite lâcha la main, fit quelques pas jusqu'au fond de la salle, se figea devant LE tableau.

Elle entendait une musique langoureuse et douce. La Petite tourna la tête à gauche, à droite. Personne! La mélopée ne s'adressait qu'à elle, petit elfe noyé dans ce flot d'adultes tellement sérieux !

Elle fixa de ses grands yeux étonnés la toile huilée, pointa l'index sur son coeur. Sa bouche arrondie forma le mot "Moi ?"

Elle n'eut pas à réfléchir. Elle fut happée par l'univers du tableau.

Les senteurs du lac poissonneux. Les odeurs fortes d'humus, le parfum végétal des fougères sombres et sauvages, les puissants muscs des animaux cachés. Des serpents! Des fauves aussi! Elle en était sûre !

La Charmeuse lui faisait face. Marchait à reculons, traçait le chemin que la Petite devait emprunter. Aucune frayeur dans ce paysage pourtant sombre et inconnu. Elle suivait, confiante. Elles s'enfoncèrent dans la jungle devenue bruyante de cris d'oiseaux exotiques. Les arbres se penchaient, s'écartaient. Tout se mouvait avec grâce et harmonie. Elle sentait des caresses dans ses cheveux défaits. Marche lente. Procession au coeur de l'univers onirique du peintre. La Petite retrouvait toutes ses sensations multipliées, sens aux aguets, elle cherchait à graver tous ces ressentis, s'y plonger, s'y retrouver. Charmée ! Elle était, comme ses compagnons autour d'elle, prise au charme de ces essences épicées, des notes aériennes de la flûte.

Elle avait tant à découvrir.

Le chemin était dégagé. La route tracée. Elle n'avait qu'à suivre son instinct, ses penchants, s'écouter !

Peu à peu, les contours se troublèrent. La Charmeuse revenait sur ses pas, plus mystérieuse, moins accessible.

La Petite se devait de reculer.

Les traits peints se figèrent.

Elle entendit derrière elle : "AH ! Tu es là !"

La Petite répondit simplement : "On pourra aller à la librairie du musée ?"

"Bien sûr ! D'ailleurs on termine là cette visite, je pense que tu es fatiguée."

Elles se rendirent à la librairie.

Sans hésiter la Petite, presque en courant, sortit une pièce du fond de la poche de son bermuda, choisit et s'offrit une jolie carte postale.

Devinez laquelle ?

 

Flore
17 avril 2020

 

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