Découvrez les textes créés par l’atelier d’écriture de la médiathèque de Leuville sur le thème « votre personnage est en quête de bonheur ».

 

En quête de bonheur - Jacqueline

Je l’ai vu changer, rechanger et re-re-changer au fil des jours, ce collègue grisâtre, presque transparent et insignifiant aux yeux de tous.

Face à moi, à deux rangées de bureaux, il avait piqué ma curiosité depuis son arrivée quelques mois auparavant.
J’aime les énigmes humaines et quelque chose en moi détecte inconsciemment le malaise ou la peine d‘autrui.
Comme aimantée, je cherche à comprendre et à aider, c’est plus fort que moi.

Un jour, je me suis approchée de lui à la cafète et lui ai offert un petit noir, alors qu’il rêvassait, à l’écart comme à l’ordinaire.
Toutes les couleurs de la gêne et de l’émotion se sont succédées sur son visage lorsque je lui ai souri. J’ai alors élargi encore mon sourire en lui souhaitant une bonne journée.

Y aller tout doucement, pour tenter de l’apprivoiser…

Je croisais parfois son regard perplexe sur moi les jours suivants, vite détourné.

Un lendemain de week-end, il portait un tee shirt rose saumon. Ce jour-là, je lui ai dit qu’il arborait une bien jolie couleur prometteuse.

Une semaine plus tard il est arrivé au bureau, rouge, la chemise froissée et il a travaillé plus distraitement qu’à l’ordinaire, souriant béatement de temps en temps à son ordi.

La semaine d’après, il était absent.
Le jour de son retour il était blanc, amaigri et ses yeux brillaient sans joie.

Petit à petit il a repris son air sage et appliqué mais quelque chose d’imperceptible avait changé. Je l’entendis même, amusée, s’efforcer de rire au blagues éculées du chef, pour la première fois. J’ai pensé qu’il tentait enfin maladroitement de s’intégrer.

Un soir qu’il quittait l’entreprise à regret, trainant au sol son manteau et ses pieds, je l’ai rejoint à l’arrêt de bus. J’ai tenté de le distraire avec des propos bateau sur le temps, la vie qui filait, les lendemains toujours pareils si on n’y veillait pas. La joie source de bonheur qu’il fallait traquer dans les choses insignifiantes que vous proposait l’existence.
Il m’a écoutée, yeux écarquillés, comme on écoute un oracle.

Le lendemain je lui ai apporté un livre, en lui disant qu’il m’avait éclairée, aidée à un moment de ma vie ; il m’a sincèrement remerciée.

Un matin j’ai vu qu’il avait bu. Il bégayait un peu et s’est mis à parler à son voisin de pupitre, éberlué.

Le soir même il a suivi la jolie dactylo du service dehors, tête levée comme s’il humait son parfum. J’étais derrière eux.

Le lendemain il prenait sa pause avec elle à la cafétéria. Tous les autres mâles éconduits étaient vent debout.

Un autre jour, il est arrivé avec un petit bouquet champêtre qu’il m’a remis d’un air plus assuré qu’à l’ordinaire, en murmurant les yeux rivés aux miens un « merci pour tout ».

Le lendemain il n’est pas revenu.
Je ne l’ai plus jamais revu.
Pas plus que la jolie dactylo.

Jacqueline

 

Mon personnage est en quête de bonheur - Jocelyne

Le bonheur... « Il est où le bonheur, il est où ? » chante Christophe Maé. Sylviane a ce refrain en tête depuis plusieurs jours, une rengaine lancinante qui l’obsède même la nuit.

Sylviane a tout pour être heureuse, une maison confortable, quatre beaux enfants qui ont bien grandi, un mari, une carrière bien tracée... Elle publie régulièrement des photos sur les réseaux sociaux pour montrer son bonheur et y guette les commentaires qui confirmeront que oui, elle est bien heureuse !
Alors ?... D’où vient cette petite crampe qu’elle a au ventre, ce pincement permanent qui lui tord les boyaux et l’empêche de sourire ? « Petite crampe » ? « Pincement » ? Et si son malaise était plus ancré ? Un gouffre profond dans lequel elle se laisserait glisser, des sables mouvants qui l’enliseraient et l’étoufferaient petit à petit ?
Elle réalise que le bonheur ne se quantifie pas au nombre de « j’aime » recueillis. Qu’importe le regard des autres quand le sien sur elle-même n’est pas bienveillant. Son bonheur n’est pas ce qu’elle montre ; son bonheur devrait être là, rien que pour elle, niché au sein de son ventre comme une boule de coton qui lui ferait des chatouillis intérieurs et lui tiendrait chaud.

Il y a deux jours, elle a vu passer une publication sur les bienfaits de « l’écriture illisible ». « Ecriture illisible » ? Elle qui écrit comme une petite fille qui n’aurait pas grandi, elle se dit que l’article va l’intéresser. Contre toute attente, elle y découvre une sorte de thérapie, un exercice de lâcher prise qui rend les mots volontairement illisibles : le travail consiste à écrire tout ce qui tourmente la personne en superposant les lignes d’écriture afin que les mots en deviennent incompréhensibles de tous, même de soi-même. A la fin, la personne doit juste écrire son ressenti du moment en un mot et coller une image qui symbolise cet état.
C’est décidé, Sylviane prend son stylo et se lance. L’encre glisse sur la page, libérée de toutes contraintes. Sylviane craignait de chercher ses mots... il n’en est rien, ils se lâchent tout seuls comme un cheval au galop. La grammaire, l’orthographe n’ont plus d’importance, la bienséance oubliée, les gros mots bienvenus... et les maux se posent petit à petit, dénouent le lien de ses entrailles ; ce lacis d’angoisses enfouies se démêle doucement.
En quelques minutes, la page est remplie de graphismes superposés, rendus incompréhensibles et pourtant Sylviane se sent bien tout à coup. Elle relève la tête et observe un rayon de soleil venu caresser sa feuille. Etait-il là avant ? Elle ne l’avait pas remarqué. Elle prend le temps d’en apprécier la chaleur un instant. Elle redresse un peu ses épaules... « Légère », voilà son mot final ! Elle se sent légère.
Elle fouille sur internet en quête de quelques photos de plumes, elle y trouve aussi des images d’aigrettes de pissenlit et en décore sa page maculée de mots.
Etait-ce là le chemin du bonheur ? Dénouer l’enchevêtrement de ses maux passés sur papier puis les embellir ? Sylviane se promet de recommencer cet exercice aussi souvent que nécessaire.
Là, maintenant, elle a juste envie de s’adresser un sourire gratifiant. Puis elle se lève, vient s’adosser à une poutre en bois et se met à fredonner : « Il en faut peu pour être heureux, vraiment très peu pour être heureux... »

Jocelyne D.

 

La quête du bonheur - Véronique

Elle regarde au dehors et voit la neige tomber
Tout est calme dans la rue et dans son cœur aussi
Tous ces bruits atténués comme par simple magie
Cette chaleur de l’instant, voudrait la préserver.

Ces flocons si légers qui saupoudrent les passants
Sont comme les messagers d’une douceur à venir
Elle veut y croire encore, ne serait-ce qu’un instant
Espère des jours meilleurs, un plus bel avenir.

Malgré les bruits qui courent, les angoisses permanentes
Elle s’efforce de vivre sans cette peur au ventre
Le beau temps reviendra, effaçant la tempête
Elle veut croire au bonheur, son éternelle quête.

Elle regarde au dehors, la neige s’est arrêtée
Un rayon de soleil vient caresser sa peau
Elle s’imagine bientôt en plein cœur de l’été
Profite de cette chaleur pour dissoudre tous ses maux.

Elle sait le temps qui passe, l’avenir incertain
Elle ne garde du passé qu’un vague souvenir
Elle oublie les blessures, qu’un jour, il lui faudra partir
Elle vit l’instant présent, son bonheur quotidien.

Véronique C.

 

En quête de bonheur - Eric

Elle ouvre les volets. Il neige. Elle enfile son manteau et sort jusqu’au sous-bois. Il y a des traces de pas. Elle les suit. Elles la conduisent à un bonhomme de neige. Il lui sourit. Elle jurerait même qu’il lui fait de l’oeil. Derrière lui se cache un renard. Elle s’approche, le carresse. Il ne s’enfuit pas.

Elle revient chez elle, allume le feu dans la cheminée. Le renard est déjà blotti sur ses genoux. Elle prend un livre, lit quelques phrases et s’assoupit dessus. Elle songe. Dehors la neige, toujours. Ses rêves sont silencieux. Un piano joue la mélodie hongroise de Schubert.

Elle danse maintenant quelque part, entourée de visages non masqués, connus et inconnus. Elle a vingt ans ou quatre-vingt. Les visages la ravissent et la touchent. L’homme qui lui plaît lui prend la taille. Il l’emmène dans un ailleurs qui efface tout. Elle l’embrasse à pleine bouche.

Elle entre dans une salle de cinéma. Le film raconte une guerre qu’elle ne fera jamais. Elle prend le soleil en terrasse, joue des doigts avec son chapeau. Son carnet s’envole sans qu’elle n’ait pu écrire ce qui lui passe par la tête. Elle trouve un journal et ne le ramasse pas. Elle ignore la politique et n’a pas d’opinions sur le monde. Elle se cache à l’abri des tumultes.

Elle revient dans la neige. Elle suit son enfant sur sa luge. Il dit : « Maman », elle ré-ajuste son bonnet. Elle chute et se relève. Elle court et elle rechute. Il n’y a pas de douleurs alors elle recommence. Son enfant fait un tour de manège. Il attrape le pompom. Elle crie : « Bravo ! »

Elle est devant l’ordinateur. Elle efface tout. Les dossiers, les photos, elle met tout ça dans la corbeille. Ne reste qu’un fond d’écran vide. Les yeux bleus du renard la regardent. Elle se noie dans un verre de Porto. Elle est en bonne santé. Elle a envie d’offrir des fleurs.

Elle fait une promenade en bord de mer. Il fait très beau. Les bateaux quittent le port les uns après les autres. L’homme et l’enfant respirent le même air qu’elle. Elle a envie de parler. Elle parle d’eux, et d’elle, de leur avenir, d’un changement d’adresse. L’argent ne lui manque pas. Elle n’en a pas besoin.

Elle est dans son jardin, ramasse des pommes. Elle aime ses cernes sous les yeux, ses cheveux grisonnants. Elle aime ses mains tachées. Elle entend un doux sifflement dans les feuilles. Elle installe une échelle pour grimper au grenier. Elle a envie de souvenirs. Elle sait qu’ils seront bons.

Elle refait le chemin à l’envers. Elle ne s’y ennuie pas. Une chaleur l’enveloppe, les visages et les lieux se succèdent. Certains se rangent sur le côté, d’autres s’éloignent aussitôt. C’est comme une histoire qui remonterait le cours de sa vie, tout y est à sa place. Elle se dit que c’est peut-être ça, finalement. Qu’il était là, partout où elle ne l’a pas vue, même dans les recoins les plus sombres. Et qu’il est encore devant elle, pour peu qu’elle reprenne son chemin. Que d’avancer vers la mort lui suffit. Qu’il n’y a pas de fin.

Eric R.

 

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